La schizophrénie paranoïde est très bien illustrée dans le film de Ron Howard « Un homme d’exception » (A Beautiful Mind). Le film propose un récit de la vie de mathématicien et Lauréat du prix Nobel, John Forbes Nash.
Nous pouvons y observer le développement d’une schizophrénie paranoïde sur le fond de personnalité schizoïde chez ce brillant scientifique, auteur de la théorie des jeux récompensé par plusieurs prix.
Dès le départ John Nash est présenté comme un jeune homme introverti, timide, renfermé et méfiant. Il se tient toujours à l’écart des autres et reste concentré sur la recherche scientifique. Toutes ces caractéristiques sont typiques de la personnalité précédant l’éclosion du délire. Différent de ses collègues, un brin bizarre, il manifeste de grandes difficultés à nouer et maintenir des relations interpersonnelles. Il s’en trouve rejeté. Les seules relations qu’il entretient, avec son colocataire Charles, s’avèrent être des hallucinations.
John Nash dans le film A Beautiful Mind
Symptômes caractéristiques de la schizophrénie paranoïde
Il développe ensuite de nombreux symptômes caractéristiques de la schizophrénie, dont le délire, les hallucinations, l’angoisse de persécution et le repli sur soi. La coupure avec le monde réel est illustrée notamment par son délire de travailler pour l’agent de la CIA, Parcher, lui aussi le fruit d’une hallucination. Le spectateur assiste ensuite à la construction, au fil du temps, d’un univers bien singulier et coupé de la réalité. Jusqu’au débordement de la production délirante qui nécessite des hospitalisations.
La souffrance des patients schizophrènes et de leurs familles
Ce film est une illustration du fonctionnement et de la souffrance des patients schizophrènes et de celles de leurs familles. La vie de schizophrènes est en effet affectée sur le plan affectif, social, professionnel. La maladie psychiatrique impose aux proches un fardeau très lourd. Et pourtant le contenant familial permet au patient d’éviter l’exclusion sociale.
Le film se concentre sur la lutte de John Nash contre la maladie et montre le parcours typique des patients schizophrènes avec, entre autres, de nombreuses hospitalisations. Les différentes thérapeutiques, dont la sismothérapie, ne sont plus utilisées aujourd’hui dans le traitement de la schizophrénie.
Nous découvrons aussi les effets indésirables des antipsychotiques. Comme beaucoup de patients atteints de schizophrénie, Nash arrête secrètement de prendre ses médicaments car il trouve qu’ils affectent sa capacité de réflexion. Ce qui provoque, bien sûr, une nouvelle décompensation.
Les antipsychotiques et la prise en charge globale permettent aujourd’hui à beaucoup de patients d’améliorer leur qualité de vie.
C’est dommage que le film ne montre pas la souffrance psychique sous-jacente aux symptômes.
John Nash finira avec le temps à mieux vivre avec sa maladie. Il obtiendra même le prix Nobel d’économie en 1994.
Les termes paranoïde est parfois abusivement associé avec la paranoïa. Toutefois, la schizophrénie paranoïde et la paranoïa constituent deux entités psychopathologiques bien distinctes. Il ne faut donc pas confondre la paranoïa et la schizophrénie même si certains éléments se retrouvent dans ces deux types de psychoses. La place des hallucinations est prédominante dans la « schizophrénie paranoïde » alors que la paranoïa est une psychose non hallucinatoire qui se base sur un délire interprétatif de persécution.
La paranoïa ou la psychose paranoïaque
La paranoïa est une psychose systématisée chronique appelée parfois la « folie raisonnante » en raison du caractère structuré du délire qui lui donne une apparence de normalité. En effet, le délire du paranoïaque est un délire d’interprétation. Dans le cas du délire à mécanisme d’interprétation le sujet fait une interprétation délirante d’un fait réel. A partir des perceptions exactes il mène par des raisonnements faux à la construction progressive d’un système en apparence cohérent. En absence d’hallucination, le discours du paranoïaque peut donc sembler rationnel et il peut même faire adhérer les autres à son délire. Le délire paranoïaque est en effet contagieux. C’est le cas de la folie à deux, du trouble délirant induit ou encore des psychoses de masse.
En plus de l’interprétation délirante, le processus paranoïaque se caractérise par le recours à l’intuition qui donne lieu à des convictions inébranlables.
Un autre élément caractéristique de la paranoïa est le sentiment de persécution qui se manifeste par une sensation de menace permanente et mène à une méfiance exagérée des autres. L’idée de persécution se manifeste en intuitions interprétatives et dans la surinterprétation du réel. L’intuition et l’interprétation n’ont de valeur que pour justifier le sentiment de persécution et pour donner aux faits la signification personnelle du paranoïaque.
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