Angoisse, d’où viens-tu ?

L’angoisse, qu’est-ce que c’est ?  Y a-t-il une différence entre l’angoisse et l’anxiété ? Ces deux termes, souvent confondus, désignent en effet des états émotionnels très proches.

Le terme même vient du latin angustia qui signifie un passage étroit, un resserrement. Au sens figuré, angustia signifie une difficulté ou une situation critique. Dès le moyen-âge « anguisse » désigne l’oppression aussi bien physique que morale.

Angoisse – ses causes, ses sources et ses manifestations

L’angoisse n’est pas la peur

La peur est une émotion qui a un objet précis. Nous ressentons la peur lorsque nous sommes en face d’un danger réel. Alors que l’angoisse est une émotion proche de la peur mais qui apparaît en absence de danger. La personne se sent angoissée, elle a impression de danger mais ne sait pas pourquoi. Ou, comme dans le cas de la phobie, elle ressent de l’angoisse devant un objet ou une situation objectivement dépourvue de toute dangerosité.

Nous pouvons dire que l’angoisse est une peur sans objet manifeste. Cette intense souffrance physique est souvent incommunicable. D’intensité différente elle est pourtant inhérente au fonctionnement humain. Elle peut être ressentie au niveau corporel : gorge serrée, difficulté à respirer, étouffement ou estomac noué. Mais elle est également ressentie comme une sensation de déplaisir ou comme un sentiment d’oppression. Cet état moral pénible ne parvient pas à s’élaborer psychiquement.

Qu’elle en est la cause ? Quelle en est la source  ?

Le danger perçu provient d’une source interne qui peut demeurer inconsciente.

La cause de ce sentiment sont profondes et complexes. Il se construit de manière inconsciente. Elle est provoquée par un manque de sécurité intérieure ou par un conflit intérieur qui s’enracine dans notre passé infantile. Ce sentiment d’insécurité grandit avec l’enfant lorsque celui-ci n’a pas suffisamment de repères ou pas assez d’affection.

Ce débordement pulsionnel est une réactivation d’une situation de détresse vécue par l’enfant. Il peut s’agir par exemple de la crainte de l’abandon et de la mort qui a accompagné une séparation précoce.

Gustave Courbet - Le Désespéré illustre angoisse

Gustave Courbet – Le Désespéré,
Collection privée (Conseil Investissement Art BNP Paribas)

Ce n’était plus l’apaisement du baiser de ma mère à Combray que j’éprouvais auprès d’Albertine, ces soirs-là, mais, au contraire, l’angoisse de ceux où ma mère me disait à peine bonsoir, ou même ne montait pas dans ma chambre, soit qu’elle fût fâchée contre moi ou retenue par des invités.

Marcel Proust, La Prisonnière

Grande inquiétude, anxiété profonde née du sentiment d’une menace imminente mais vague.  Sentiment pénible d’alerte psychique devant une menace indéterminée. Elle se manifeste par des symptômes neurovégétatifs caractéristiques (sudation, dyspnée, accélération du rythme cardiaque, spasmes, vertiges, etc.).

L’angoisse peut prendre des formes très variées :

Les plus archaïques sont certainement l’angoisse d’anéantissement ainsi que l’angoisse de morcellement (ou de fragmentation) ou encore celle de vidage.

L’angoisse d’anéantissement correspond aux éprouvés les plus précoces dans le contexte d’insuffisance environnementale. Dans un environnement défaillant l’enfant est soumis à des expériences d’effondrement alors que son moi n’est pas encore suffisamment mature. Il garde une trace de ce vécu ce qui peut provoquer les crises de panique envahissantes.

Dans celle de morcellement c’est l’unité de la personne, partiellement atteinte, qui est menacée. Très archaïque, elle apparait en effet très précocement dans le fonctionnement psychique de l’enfant. Elle peut toutefois persister dans la vie adulte et notamment dans le cadre du fonctionnement psychotique. Ainsi les psychotiques peuvent se sentir menacés de désorganisation et de perte d’unicité. Ils peuvent se sentir envahis par la sensation de partir en morceaux. Cette menace de la perte de cohérence désorganise leur pensée et provoque des ruptures de contact avec la réalité.

L’angoisse de vidage correspond à une crainte de perdre sa substance, de perdre son intérieur par une hémorragie narcissique incontrôlable. Le sujet de cette crainte peut s’en défendre en s’accrochant à un objet supposé stopper l’hémorragie qu’il doit rester sous son emprise.

Angoisses liées au processus de séparation-différenciation

D’autres formes d’angoisse sont liées au processus de séparation-différenciation : nous y trouvons de phénomènes aussi différents que l’effroi provoqué par le fantasme d’intrusion ou la crainte de perte de l’objet. Cette dernière peut s’organiser plutôt autour du fantasme de l’abandon et de séparation ou de la crainte de perdre l’amour de l’objet.

Les différentes formes de l’angoisse sont intimement liées et peuvent se chevaucher. Ainsi l’angoisse de perte de l’objet peut coexister avec l’angoisse de castration qui correspond à la crainte d’être été châtré, de perdre des capacités de séduction. Elles peuvent perturber le sujet et ses relations et à ce titre peuvent constituer de signes psychopathologiques. Mais elles sont également expression du travail d’élaboration psychique de problématiques comme l’identité, les investissements narcissiques et relationnels ou encore celle de la mort.

Angoisses et mécanismes de défense

Afin de faire face à ses angoisses nous développons une gamme de mécanismes de défense : refoulement, déplacement, déni, clivage, projection. Utilisés de manière équilibrée, ces mécanismes permettent de supporter la souffrance provoquée par les aléas de l’existence.

Ces différents registres de l’angoisse, ses différents niveaux et différents aménagements font l’objet d’un diagnostic et du traitement par le psychologue spécialisé dans le traitement de l’anxiété.

Si les angoisses nous font souffrir et empêchent un fonctionnement psychique équilibré, c’est qu’ils dépassent nos capacités de représentation. La psychothérapie vise à augmenter ces capacités et permettre ainsi de rendre la souffrance compréhensible et l’atténuer.

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