Le déni

 

Le déni désigne un refus de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante. Il s’agit d’un mécanisme de défense inconscient qui constitue une protection nécessaire devant la réalité si angoissante qu’elle peut provoquer un effondrement psychique. Il permet de préserver le sentiment de sécurité et protège de l’angoisse.

déni mécanisme de défense psychologue

C’est une stratégie inconsciente de gestion de l’anxiété, une mesure de protection face au choc émotionnel, par exemple face à l’annonce de maladie grave ou face au deuil. Tel un mur invisible construit afin de se protéger du danger, le déni permet alors d’amortir le choc. Dans ces cas, l’incapacité à se représenter une réalité insupportable est temporaire et représente une étape nécessaire permettant de supporter la douleur psychique, un temps nécessaire pour se préparer à y faire face.

Freud a décrit ce mécanisme de défense sous le nom de Verleugnung en soulignant sa différence avec le refoulement.  Il a proposé comme prototype du déni de réalité le refus, par le petit garçon,  de prendre en compte sa perception de l’absence de pénis chez la fille. Le déni porte ici sur un fragment de réalité psychique : la différence des sexes et la castration qui est source d’une forte angoisse.

Mécanismes de défense et simulacre existentiel

Nous utilisons tous de ce mécanisme. Présent en petites quantités ce désaveu de la réalité participe à une stratégie inconsciente de gestion émotionnelle. Chacun de nous peut l’utiliser comme la première réaction à toute catastrophe. Par exemple, informés du décès d’un être cher, notre la première réponse est généralement « Oh, non ! » Cette réaction est l’ombre d’un processus archaïque enraciné dans la phase prélogique que traverse tout enfant. La conviction  que « si je ne le reconnais pas, cela ne se produit pas » peut perdurer chez l’adulte. En conséquence, la plupart d’entre nous utilisent occasionnellement le déni, afin de rendre la vie moins désagréable ou pour protéger son narcissisme. Une personne dont les sentiments sont blessés dans des situations où il est inapproprié de pleurer est plus susceptible de nier inconsciemment les sentiments douloureux que de les reconnaître pleinement.

Le déni massif

Mais lorsqu’il est massif, le déni sous-tend différents symptômes psychiques tel le délire ou le fétichisme. Ce mécanisme se retrouve aussi dans les perversions ou encore dans l’alcoolisme. Se protéger de la perception de la réalité permet ainsi à l’alcoolique de conserver une bonne image de soi. En même temps il l’empêche de prendre conscience de son trouble et en conséquence de se soigner.

Nous pouvons dénier une part pulsionnelle de notre propre fonctionnement (déni du désir ou de la dépression) ou rejeter la réalité ou la qualité, souvent la différence, de l’autre. La représentation déniée est alors remplacée par une une autre représentation, ne tenant pas compte de la réalité. Par exemple, les adultes qui ont manqué d’amour et de soins dans leur enfance ou qui étaient molestés, s’imaginent malgré tout avoir eu une bonne famille. Le déni leur permet de se défendre contre la perte d’images de bons parents. Ainsi ils peuvent continuer à croire qu’ils ont eu une famille bienveillante et qu’ils ont étés entourées d’amour.

 

Le fonctionnement basé sur le déni est souvent l’héritage familial et se communique dès les premières relations avec les parents.  Ainsi, dans les familles touchées par la maladie alcoolique ou par la violence, tous les membres fonctionnent dans une  forme de communauté de déni. Ça se passe comme si la famille imposait une préfiguration (grille de lecture) de la réalité qui ferme, par une injonction plus ou moins tacite, l’accession à des nouvelles perceptions. Tous partagent une cécité complaisante.

 

Le déni et les fuites en avant

L’opération du déni peut conduire à nier nos limitations physiques, comme le besoin de sommeil par exemple voire leur finitude. La manie les rend insignifiants menant le sujet dans l’hyperactivité ou dans les addictions aux sports dans la défonce professionnelle. Cela se produit dans les état d’hypomanie qui utilisent le déni comme principal moyen de défense. Mais cette utilisation forcenée du déni a ses limites et la phase maniaque est immanquablement suivie de son effondrement  à mesure que la personne s’épuise.  Nous parlons alors de « cyclothymie »  en raison de l’oscillation entre les humeurs maniaques et dépressives.

Les personnes légèrement hypomaniaques peuvent être très agréables à vivre et très appréciées. Leur charme, leur esprit vif, leur énergie inépuisable, leur espièglerie peuvent nous attirer. D’aucuns admirent leur bonne humeur contagieuse qui caractérisent ceux qui réussissent à filtrer et à dissimuler les affects douloureux pendant de longues périodes . Pourtant, les dessous dépressifs de ces personnes est palpable, souvent visible pour leurs amis les plus proches, et le coût psychique exigé est élevé.

Le déni peut contribuer aux résultats désastreux. Ignorer la possibilité d’un cancer en refusant les examens, croire que le mari violent changera comme par magie ou que les autorités maltraitantes veuillent notre bien – tous ces exemples de déni nous exposent aux risques potentiellement graves.

Les mécanismes de défense

Mise à jour le 10 octobre 2021

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