Le clivage

 

Le clivage est un terme employé tout d’abord par Freud pour désigner un phénomène qu’il a pu observer surtout dans le fétichisme et les psychoses. Le clivage consiste en la coexistence au sein de la psyché, au sein du Moi, de deux attitudes à l’égard de la réalité extérieure. L’une tient compte de cette réalité alors que l’autre la déni et la remplace par une réalité produite par son désir. Ces deux attitudes coexistent bien séparées l’une de l’autre sans s’influencer réciproquement. Ce mécanisme de défense permet d’éviter la tension psychique que la prise en compte par la conscience aurait provoqué. Le sujet se sépare lui-même inconsciemment d’une partie de ses contenus psychiques, d’une partie des représentations gênantes.

Le clivage fonctionne en association avec le déni en ce qu’il permet de maintenir le contact avec la réalité d’une partie du Moi pendant que l’autre partie du Moi, clivée reste détachée complètement de la réalité. Il s’agit en fait d’une vraie déchirure du Moi. Le mécanisme de clivage peut être très efficace dans ses fonctions défensives de réduction de l’anxiété et de maintien de l’estime de soi. Mais le clivage implique toujours une distorsion, et c’est là son danger.

clivage du moi visage femme clivée

Source photo Pexels

Le clivage du Moi

Le clivage du moi est un processus défensif puissant qui domine la vie psychique d’une phase de vie archaïque, pré-verbale. A cette période de la vie, l’enfant ne parvient pas encore à concevoir que les personnes qui s’occupent de lui aient tantôt de bonnes et tantôt de mauvaises qualités. En conséquence, il ne peut accepter de ressentir lui-même de l’amour et de la haine pour un même objet. Autrement dit il n’a pas encore accès à l’ambivalence qui implique des sentiments opposés envers un objet appréhendé comme permanent. Il clive les aspects de lui qu’il ressent comme hostiles et donc dangereux envers les personnes aimées. Ces aspects clivés de son moi peuvent être temporellement ou définitivement perdus.

Les enfants ont besoin d’organiser leurs perceptions en attribuant des bonnes et des mauvaises valences à tout ce qui les entoure (« gentil » ou « méchant »). Cette tendance, ainsi que celle d’opposer le « grand » et le « petit » en référence aux adultes versus enfants, est l’une des principales façons dont les jeunes êtres humains organisent l’expérience. Elle est d’ailleurs renforcée par les adultes : « sois gentil ».

Faute d’appréhender l’objet comme permanent  et ne pouvant pas accepter l’ambivalence, le sujet se vit comme tout bon ou tout mauvais.

Le clivage de l’objet

clivage

Source photo Pexels

Le clivage de l’objet, décrit par Mélanie Klein, est un procédé permettant de scinder l’objet en « bon » et « mauvais ». L’objet étant corrélatif de la pulsion, en ce qu’il permet de satisfaire le désir pulsionnel, ou l’objet de l’amour (ou de la haine). Il peut s’agir d’un objet réel ou fantasmatique, d’une personne ou d’un idéal.

Le premier objet ainsi clivé décrit par Klein est le sein maternel. L’enfant le perçoit subjectivement comme « le bon sein » ou « le mauvais sein » selon si son expérience du sein est satisfaisante ou pas.

Le sujet attribue à l’objet la qualification de « bon » ou de « mauvais » en fonction de son caractère gratifiant ou frustrant mais aussi en fonction de productions fantasmatiques que le sujet projette sur l’objet. Il s’agit donc du clivage des imagos de l’objet fabriquées par le sujet et non pas du clivage de l’objet réel.

Ce procédé constitue le premier mode de défense contre l’angoisse provoquée par l’ambivalence intrinsèque à l’homme. Il empêche toute émergence de conflit psychique intérieure protégeant ainsi le sujet du sentiment d’angoisse.

 

Le clivage dans la société occidentale contemporaine

Dans la vie quotidienne des adultes, le clivage reste un moyen puissant pour donner un sens à des expériences complexes, en particulier lorsqu’elles sont déroutantes ou menaçantes. Les visions manichéennes du bien contre le mal, du monde libre contre les terroristes haineux, des vaccinés contre ceux qui font un autre choix, etc., ont imprégné la société occidentale contemporaine. Des images comparablement divisées et associées à une grande inflexibilité peuvent être trouvées dans les croyances organisatrices de toute société. Elles sont plus particulièrement assorties à toute forme d’autoritarisme qu’il soit de gauche, de droite ou libéral. Ces systèmes divisent en deux camps opposés des familles, des amis, des groupes sociaux…

 

Les mécanismes de défense – le clivage

Call Now Button