Les conséquences psychologiques du confinement

Quelles sont les conséquences psychologiques du confinement ? Qui a plus de risques de développer le trouble anxieux ou une dépression à cause du confinement?

Quelles sont les mesures à prendre pour résister ? Qu’en est-il de la prise en charge?

Nous sommes nombreux à essayer de comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons et à nous inquiéter de ses conséquences. Nous nous posons toutes ces questions et il nous est difficile de trouver des éléments de réponse dans les médias. L’expérience clinique et les recherches scientifiques apportent pourtant un certain éclairage.

Conséquences du confinement sur notre fonctionnement psychique ?

Le prolongement de règles strictes et absurdes du confinement est délétère pour notre économie, pour nos liens sociaux et pour notre vie psychique. D’autre part l’injonction paradoxale de rester chez soi alors que l’on est en bonne santé nous a poussé sur des positions régressives et dans la passivité. 

Le premier confinement a été un choc pour tous et a provoqué déjà un retentissement psychique important. Mais maintenant que le trauma est répété et que la vision d’avenir est de plus en plus incertaine les vrais dégâts psychologiques et psychiatriques s’installent de manière persistante. Nous sommes de plus en plus fatigués, épuisés, de plus en plus anxieux pour notre avenir et pour nos libertés.

 

Les conséquences psychologiques du confinement sont variées

Cette longue période d’isolement forcé résonne comme un enfermement et en cela renvoie à un manque de liberté. Elle provoque les sentiments d’incapacité  et d’impuissance. Alors que nous avons besoin d’interactions sociales et affectives pour rester en équilibre psychique nous sommes soumis à l’injonction paradoxale de rester isolé.

Même ceux qui n’ont pas été malades ou contagieux ont été contraints à rester confinés comme le sont par exemple les malades chroniques ou les prisonniers. Le confinement lié à l’épidémie a ralenti notre existence, nous a désocialisé et a restreint nos possibilités d’agir. La modification de nos modes de vie a provoqué la rupture dans nos vies. Or la routine a un effet structurant et contenant sur la psyché de l’homme.

Un autre élément déstructurant pour la psyché c’est la difficulté à se projeter dans l’avenir. La confiance dans l’avenir a disparu pour ceux qui ont perdu leur travail et surtout pour les jeunes.

En conséquence, les troubles psychologiques sont en augmentation. L’anxiété, la dépression, les suicides, les violences familiales se multiplient.

Il peut également exister une perturbation de l’humeur caractérisée par l’irritabilité et le sentiment de colère. Ces dernières poussent certaines personnes à des passages à l’acte. Nous avons observé une très forte augmentation des violences domestiques et des comportements à risques.

Le burn out professionnel lié à la perte du sens au travail est également en augmentation.

Le confinement laisse-t-il les traces psychologiques invalidantes ?

Tout d’abord, nos rythmes de vie ont été bouleversés de manière brutale, prolongée et sans consentement. Un certain ralentissement peut s’avérer bénéfique sur une courte période. Cela est possible pour ceux dont la situation professionnelle et économique n’est pas menacée et qui peuvent être confinés dans des bonnes conditions. Mais pour d’autres, le confinement a mis à l’épreuve leurs capacités d’adaptation avec des conséquences délétères.

Dans un premier temps, la peur de la maladie véhiculée par les médias a été paralysante pour les personnes anxieuses. Beaucoup d’entre elles ont développé une hypocondrie centrée sur la crainte du virus. D’aucuns ont sombré dans des dépressions plus ou moins profondes allant parfois jusqu’aux idées suicidaires. Chez les autres encore, les mesures coercitives, les interdits et les injonctions absurdes ont provoqué de la colère. Souvent en opposition, ces deux groupes ne se comprennent plus, ne se soutiennent plus. Dans bien de familles, le mot d’ordre avant Noël était : on ne parle pas de ça. Dans les circonstances actuelles les liens sociaux, familiaux, amicaux sont extrêmement fragilisés.

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conséquences psychologiques du confinement

La perte du sens

Nous avons été forcé à renoncer à nos droits élémentaires : travailler, aller à l’école, se déplacer librement, rencontrer nos proches, droit à la culture… Tous ces renoncements sont faits au nom de protéger certaines personnes à risque d’une maladie dont le taux de mortalité est relativement faible. Cela ne fait de sens. C’est démoralisant.

Troubles anxieux

Le sentiment d’insécurité réactive les angoisses et majore le risque d’apparition ou d’aggravation des troubles anxieux. L’anxiété est induite aussi bien par la peur de l’infection, véhiculée pendant des mois par tous les médias que par les modalités du confinement. Alors que la crainte de contamination réactive l’angoisse de la mort, l’anxiété est suscitée également par la menace de l’avenir économique.

Le manque de clarté des informations fournies tout au long de cette période par les autorités, les images et les paroles traumatisantes diffusées par les médias mainstream favorisent la mise en lumière des fragilités psychiques.

Associé à un sentiment d’impuissance et de perte de contrôle de la situation, le confinement provoque un risque important d’apparition des symptômes anxieux pendant et après la période d’enfermement.

Des liens sociaux, amicaux et affectifs sont essentiels à notre équilibre psychique. La difficulté voire l’impossibilité pour certains de garder ces liens ne peut que fragiliser cet équilibre.

Voici quelques symptômes d’anxiété apparus pendant la période d’incertitude et d’isolement depuis le mois de mars 2020 :

  • une diminution ou une crainte des contacts avec les autres,
  • un évitement des rencontres et des espaces publics, syndrome de la cabane,
  • un absentéisme professionnel,
  • augmentation des sentiments négatifs : peur, méfiance, frustration, agressivité…
  • un état de nervosité, d’irritabilité,
  • phobies d’impulsions,
  • des manifestations psychosomatiques,
  • et des troubles du sommeil,
  • scarifications,

Ces manifestations peuvent se chroniciser et provoquer un état dépressif voire un état de stress post-traumatique.

Elles provoquent le recours aux anxiolytiques ainsi que le développement de conduites addictives.

Depuis le début du confinement les admissions en psychiatrie pour des décompensations dépressives ou psychotiques graves a doublé voire triplé. Et cela dans les service de la psychiatrie adulte et en pédopsychiatrie.

Trouble anxieux lié aux médias
« headline stress disorder »

Parmi les conséquences psychologiques du confinement se trouve également le trouble anxieux lié aux médias. Pendant plusieurs mois, les médias ont été saturés à outrance par les sujets relatifs au danger de la maladie et à la mort. Alors qu’il a été démontré que l’exposition à des informations telles que le nombre de décès ou à la propagation de la maladie, majore l’anxiété. D’autant plus que ces informations ont souvent été erronées, contradictoires et exagérées. Le trouble provoqué par l’exposition aux informations catastrophistes a été appelé «headline stress disorder».

Le headline stress disorder se manifeste par une sensation de détresse ou d’anxiété, suite à l’exposition à de nombreuses nouvelles ou images angoissantes. Donner à voir les dangers, les exagérer était traumatisant et a  sidéré la capacité de penser.

Risque de dépression et de suicide (immédiat et différé)

Une importante majoration des troubles dépressifs est une des conséquences psychologiques du confinement. D’une part, l’ambiance de catastrophe réactive la peur de la mort pour soi et pour ses proches, et d’autre part, le confinement nécessite les efforts de réadaptation considérables. Même si le confinement et la distanciation sociale sont présentés comme facteur de protection, ils bouleversent les repères et provoquent l’isolement et un sentiment d’impuissance. Lorsque le confinement perdure, l’ennui et le fait de ne plus être professionnellement et socialement valorisé viennent s’ajouter aux difficultés. La limitation de l’accès aux soins en psychiatrie peut contribuer à l’aggravation de nombreuses situations.

Confinement et addictions

L’apparition ou la majoration de troubles anxieux et dépressifs a provoqué une surconsommation de l’alcool, du cannabis, de médicaments et d’autres produits psychotropes. Les jeux en ligne ont également augmenté tout comme d’autres addictions comportementales.

L’incapacité à penser

L’avènement de cette crise constitue un vrai traumatisme qui réduit notre capacité de penser. D’une part, la peur suscitée par les informations et les images en boucle de malades en train de mourir est tellement forte que garder la capacité de réflexion se trouve paralysée. D’autre part, la confusion provoquée par la désinformation rend difficile l’appréhension du temps présent. Nous ne savons plus où nous allons ni pourquoi.

Troubles du sommeil liés au confinement

Le bouleversement total de nos routines de vie, le manque de liberté induit par le confinement, le manque d’interactions sociales et d’activités sportives ainsi que l’appréhension grandissante des conséquences économiques et professionnelles entraînent chez un grand nombre de sujets des perturbations importantes des rythmes veille-sommeil et circadien et des troubles du sommeil. De plus, à défaut de sortir les gens passent les soirées devant les écrans ; alors que l’exposition à la lumière bleue empêche le sommeil.

Ceci est d’autant plus grave qu’une mauvaise qualité de sommeil peut avoir des conséquences sur notre état psychologique. L’insomnie a des répercussions sur notre fonctionnement cognitif.  Elle provoque la fatigue voire une somnolence diurne ainsi que des troubles de l’attention.  Elle peut également accélérer l’apparition de troubles dépressifs, anxieux, ou encore addictifs. La réduction du temps de sommeil affaiblit le système immunitaire donc rend les sujets plus vulnérables aux infections virales.

Le Réseau Morphée mène actuellement une enquête nationale sur des troubles du sommeil liés au confinement.

Troubles du comportement alimentaire (TCA)

L’augmentation du stress, de l’anxiété, de la dépression pendant le confinement constituent un risque du développement, d’aggravation ou de rechute de troubles du comportement alimentaire (TCA) préexistants.

En effet, nous avons assisté pendant le confinement à l’apparition de restrictions alimentaires mais également à l’augmentation de crises d’hyperphagie. En effet, chez certaines personnes la compensation de difficultés émotionnelles par l’alimentation a pris une grande ampleur lors de cette période.

De plus, une exposition accrue aux médias entraîne l’exposition importante aux publicités alimentaires. Cette dernière peut provoquer chez certains de compulsions alimentaires. Associés à la réduction d’activité physique, elles ont favorisé une prise de poids qui peut en conséquence susciter les restrictions alimentaires.  Ce schéma mène fréquemment à l’installation d’un cercle vicieux difficile à rompre.

Pourtant, les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou la boulimie sont un facteur de risque majeur de formes sévères du covid.

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