Borderline ou fonctionnement limite

Les personnes que nous appelons borderline ou « état limite » sont à la fois très attachantes et intenses mais peuvent facilement tomber dans l’excès de dynamisme ou au contraire de désespoir. Elles peuvent donc être déroutantes car imprévisibles et chaotiques.

Appellation actuelle d‘état limite pourrait suggérer qu’il s’agit d’un état transitoire. Cependant ce concept renvoie plutôt à un fonctionnement stable et durable dans son instabilité et dans sa variabilité. Un sujet dont le fonctionnement psychique est considéré comme limite, se situe dans une zone intermédiaire dans laquelle dominent les troubles narcissiques.

Le concept de limite évoque la frontière entre le normal et le pathologique. Le fonctionnement limite se trouve en effet à la lisière entre la névrose et la psychose. Il a pourtant des caractéristiques bien propres. Parmi elles se trouvent une hypersensibilité et une instabilité émotionnelle. Les deux sont liées au manque de sentiment de sécurité intérieure et aux angoisses. Le fonctionnement borderline se caractérise par une alternance entre des périodes de calme et des périodes d’instabilité et d’agressivité. Cette volatilité peut être très difficile à supporter pour l’entourage. Leur impulsivité peut causer des explosions de colère. Représentation de soi instable doublée d’un sentiment d’infériorité lié à l’image de soi dégradée engendre d’autres difficultés dans les relations interpersonnelles. En effet, un lien affectif durable est souvent le fruit de la dépendance affective mais la rupture n’est jamais loin. Alors que les mécanismes de défense archaïques n’empêchent pas l’émergence de l’angoisse tout en étant très coûteux.

Identité floue Borderline fonctionnements limites

Premières manifestations

Les premières manifestations peuvent apparaitre dès l’enfance : l’enfant ressent un désarroi, parfois même une sidération. Ces états sont souvent accompagnés d’une agitation et de somatisations : nausées, vomissements, coliques chez l’enfant témoignent d’un malaise intérieur. Ce malaise ne peut pas être pris en charge par l’enfant lui même car son moi n’est pas encore suffisamment développé. Si l’entourage est défaillant, l’enfant ressent alors une angoisse traumatisante qui laissera des stigmates.

Les périodes dépressives se traduisent par un ennui, un sentiment du vide et une inhibition d’action. La dépendance envers l’adulte pousse l’enfant dans un conformisme dévitalisant. En effet, incapable à se faire reconnaitre, l’enfant s’éteint et se replie sur soi. Mais insatisfait,  il peut passer par des phases associant une agressivité et des attitudes de demande voir de provocation.

La précarité du fonctionnement du préconscient provoque un défaut d’élaboration des angoisses dépressives et de séparation. En conséquence, les borderline subissent des fluctuations émotionnelles fréquentes, des brusques variations entre l’idéalisation et la dévalorisation. Ils sont aux prises avec un sentiment d’ennui et l vie, les relations ou les actions leur paraissent vides de sens. Les angoisses d’abandon et d’intrusion ressenties suscitent de l’irritation voire des colères violentes. Elles sont aussi à l’origine de difficultés relationnelles.

Pour lutter contre ces angoisses les personnes borderline ont recours aux mécanismes de défense rigides tels que projection, déni, clivage.

D’autre part, des comportements compulsifs, addictifs, des impulsions, ou encore des conduites à risque servent à soulager temporairement les tensions. Les sujets borderline se trouvent donc souvent impliqués dans des troubles de conduite alimentaire (TCA). Ils s’enferment dans le cercle vicieux de conduites auto-agressifs pouvant aller jusqu’aux tentatives de suicide à répétition.

une tête qui explose représente l'angoisse chez un borderline D’où vient cette souffrance ?

Beaucoup de patients limites ont été confrontés à des traumatismes ou à des carences durables dans les soins précoces. Un décès, un déménagement, une séparation d’avec une personne qui procure les soins à l’enfant peuvent donc fragiliser le moi de l’enfant et provoquer les angoisses terrifiantes.

Parmi les circonstances favorisantes, on trouve aussi les séparations des parents, le fait d’être mis en nourrice ou en pension.

Un défaut de soins ou un manque d’étayage affectif de parents peut également être responsable de bien de difficultés de patients limites. Alors qu’une frustration excessive des besoins pulsionnels de l’enfant est la cause du manque de différenciation entre soi et l’autre.

Lorsque les soignants (la famille et en particulier la mère) d’un enfant ne sont pas suffisamment rassurants, soit qu’ils laissent l’enfant seul dans le désarroi, soit qu’ils le couvent trop, parfois les deux alternativement, l’enfant peut développer les troubles limites.

La parabole du porc-épic

La métaphore du porc-épic pour illustrer chez ces sujets le mode de relation de type anaclitique coexistant avec l’ « angoisse du rapproché » ainsi que la fragilité identificatoire.

Les sujets au fonctionnement limite peuvent apparaitre agréables et avenants, ils peuvent rechercher le contact mais compte tenu de leur humeur instable les relations peuvent s’avérer difficiles et les ruptures sont fréquentes.

Schopenhauer a utilisé cette métaphore pour illustrer sa théorie des relations sociales. Elle semble plus adaptée pour représenter les difficultés relationnelles typiques de  sujets borderline. Le lien

L’hiver, les porcs-épics dans leur grotte froide sont attirés les uns vers les autres pour se réchauffer. Mais dès qu’ils se serrent les uns contre les autres leurs piquants les blessent. Ou bien ils restent éloignés les uns des autres dans la solitude glacée et ils souffrent du froid. Ou bien ils souffrent de blessures de la proximité.

L’hémorragie psychique du borderline

Elle utilisa ce mot, délimiter. […]  elle voulait savoir que je comprenne bien ce que c’était, la dissolution des limites, et à quel point cela la terrifiait. Elle expliqua que le contour des objets et des personnes était fragile et pouvait se briser comme un fil de coton. Elle murmura que, pour elle, cela avait toujours été ainsi : toute chose pouvait perdre ses limites et dégouliner sur une autre, les matières les plus hétérogènes fondaient, le tout se mélangeait et fusionnait. Elle s’exclama qu’elle avait toujours dû se faire violence pour se persuader  que la vie avait des limites robustes, parce qu’elle savait depuis l’enfance que ce n’était pas comme ça – ce n’était pas du tout comme ça -, et elle n’arrivait pas à croire que ces limites pouvaient résister aux chocs et aux poussées.

[…] elle ne pouvait pas se permettre un moment de distraction : si elle se déconcentrait, les choses véritables, avec leurs contorsions violentes et douloureuses, la terrorisaient et prenaient le dessus sur les choses inventées qui, grâce à leur solidité physique et mentales, la calmaient : alors elle s’enfonçait dans une réalité confuse et poisseuse, et ne parvenait plus à donner aucun contour clair à ses sensations – une sensation tactile devenait visuelle, une sensation visuelle devenait olfactive. […] Ainsi, si elle n’était pas vigilante et ne prêtait pas attention aux limites, tout se délitait et devenait caillots de sang menstruel, polypes cancéreux ou fibres jaunâtres. »

Elena Ferrante ‘L’enfant perdue’, fragment

Borderline ou fonctionnement limite

A l’instar de porcs-épics en hiver, le sujet borderline, animé par l’angoisse anaclitique se sent poussés vers les autres. Mais le rapproché provoque vite le sentiment d’étouffement qui rend la relation insupportable. Il va donc s’éloigner de nouveau, tantôt pour y revenir tantôt c’est une rupture de lien définitive.

 

La psychothérapie du lien

Différentes figures des états limites

 

La dernière mise  jour le 6 juin 2021

Call Now Button