L’anorexie – j’ai faim donc j’existe

L’anorexie signifie littéralement l’absence d’appétit. Une anorexie passagère peut se déclarer à l’occasion d’un deuil difficile, d’un conflit relationnel ou d’une difficulté professionnelle. La perte d’appétit traduit alors des difficultés à gérer les émotions… L’anorexie mentale cependant est un effort effréné de contrôler ses émotions à travers la lutte contre la faim. Une tentative de donner du sens à la vie surtout lorsque les événements traumatiques ou un environnement chaotique donnent le sentiment que tout échappe.

L’anorexie mentale est un trouble de la conduite alimentaire (TCA) dont l’origine est certainement multifactorielle. Son développement est favorisé par la vulnérabilité psychologique. Le sentiment d’insécurité intérieure et la violence des émotions liés aux processus de la puberté en font un trouble se déclarant souvent à l’adolescence. On observe une comorbidité avec les troubles anxieux et les troubles de l’attachement. Sur une personnalité fragilisée, un environnement familial peu contenant, des traumatismes et des événements de vie aux conséquences négatives ainsi que le contexte socioculturel (importance de l’image du corps dans nos sociétés) constituent des facteurs favorisant le développement de l’anorexie.

anorexia

Les cas d’anorexie mentale présentant tous les critères diagnostiques sont relativement rares : (0,9 à 1,5 % chez les femmes et de 0,2 à 0,3 % chez les hommes).

Soigner l’anorexie

Comment dénouer le piège ?

L’anorexie est une affection complexe et son traitement nécessite une approche pluridisciplinaire : somatique, nutritionnelle, psychologique.

L’anorexie peut avoir des conséquences somatiques graves, et, dans les cas du risque, peut nécessiter une hospitalisation.

Dans le cas de morbidités (dépression, anxiété, autres affections psychiques…) une prise en charge psychologique et psychiatrique est nécessaire.

Les formes subsyndromiques, c’est-à-dire présentant seulement une partie des symptômes, sont plus fréquentes. Ce trouble débute habituellement à la période de l’adolescence, entre 12 et 18 ans.

Elle est beaucoup plus fréquente chez les filles (9 pour 1 garçon). Les garçons qui sont concernés par ce trouble d’alimentation, soit restrictif soit boulimique, présentent une forme qui associe la dysmorphie musculaire aux troubles d’alimentation.

Anorexie – le mode d’entrée dans la maladie

Souvent l’anorexie mentale survient suite à un régime chez une personne se trouvant en léger surpoids et en réaction aux incitations voire aux critiques de l’entourage. Le régime alimentaire est alors encouragé et accueilli favorablement par la famille.

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Le régime est progressivement restrictif avec des restrictions souvent sélectives qui portent dans un premier temps sur les aliments gras et sucrés, puis, on arrête la viande rouge et les féculents. Les quantités ingérées sont réduites considérablement, et il ne reste progressivement que les fruits et les légumes – souvent absorbés à visée laxative. Un végétarisme peut justifier une restriction à des aliments moins énergétiques. Les jeunes femmes anorexiques peuvent ainsi se balader toute la journée avec un pot de yoghourt essayant de se tromper soi-même et de tromper l’entourage en donnant l’impression qu’elles sont en train « de se nourrir ».

La perte de poids

La perte de poids confère un sentiment de réassurance alors la prise de poids est vue comme signe de faiblesse et entraîne des mesures autopunitives : exposition au froid, augmentation de l’exercice physique, exposition aux règles de plus en plus inflexibles. La restriction prolongée provoque un amaigrissement qui peut entraîner un état de dénutrition très grave. A force de restriction, on arrive à un indice de masse corporelle (BMI) largement inférieur à la norme. La personne ne le perçoit pas pour autant…  Le poids, manger le moins possible, sont devenus une vraie obsession. Une croyance déréelle, sinon délirante, d’être trop gros ou ne pas être maigre en dépit d’amaigrissement voire de dénutrition. La personne est dans le déni de son état physique parfois devenu grave.

Lors d’une première phase, le fait de jeûner contribue à sécréter des endorphines qui procurent un état de bien-être. Mais  lorsque la maladie  s’aggrave et la perte de poids devient plus importante, les sentiments dépressifs apparaissent pouvant provoquer des idées suicidaires.

Anorexie – signes et symptômes

Une vraie obsession par le poids et par l’image du corps s’installe progressivement entrainant des stratégies de contrôle du poids, des rituels et  habitudes alimentaires : tris alimentaires visant à chasser la moindre calorie et la matière grasse de son alimentation, réduction de la taille des bouchées, manipulation et découpage de la nourriture en tout petits morceaux, lenteur excessive des repas, manger seul(e)  ou cacher la nourriture. Les anorexiques peuvent se peser plusieurs fois par jour.

L’anorexique refuse de maintenir son poids corporel au niveau ou au-dessus d’un poids minimum normal pour l’âge et pour la taille. La perte du poids est provoquée par des restrictions alimentaires strictes, par l’évitement des aliments qui font grossir mais aussi par des vomissements provoqués, par l’utilisation de laxatifs, par une pratique excessive d’exercices physiques ou encore l’utilisation de «coupe-faim» ou de diurétiques.

Les personnes anorexiques présentent une altération de la perception du poids ou de la forme de leur corps et une croyance irrationnelle d’être trop gros. Une peur intense de prendre du poids ou de devenir gros les accompagne alors que le poids est inférieur à la normale.

Les patients anorexiques présentent une vraie fixation sur la nourriture : ils se passionnent pour des recettes de cuisine, souvent cuisinent des repas sophistiqués pour la famille mais s’abstiennent d’y participer.

La dénutrition provoque une aménorrhée (une absence de la menstruation) mais aussi une fatigue, une sensation de froid, en particulier dans les extrémités, une chute des cheveux et le développement du lanugo (un duvet qui est la conséquence de la carence et la déshydratation).

La conduite anorexique provoque un retrait social et isolement.

Types d’anorexie

Type restrictif : dans cette forme de l’anorexie, l’individu limite farouchement la quantité de nourriture consommée qui reste bien en deçà des besoins caloriques de son corps et en absence de crises de boulimie.

Type binge – purge – avec crises de boulimie et recours aux vomissements provoqués ou utilisation des laxatifs. Le sentiment de culpabilité par rapport à la prise d’alimentation est compensé par des vomissements, abus des laxatifs, ou exercice excessif.

L’anorexie mentale comporte une potentielle gravité et des risques :
  • risque de décès lié au suicide ou aux complications somatiques ;
  • risque de complications somatiques : troubles circulatoires, cardiaques, digestifs, rénaux, métaboliques, infectieux, cutanés, dentaires, gynécologiques, infertilité, ostéoporose,
  • complications psychiques : basse estime de soi, conduites addictives, dépression, suicide…
  • désinsertion sociale.

Mais la guérison est possible même au bout de plusieurs années d’évolution.

Choix du traitement le plus approprié pour l’anorexie

Comment sortir de l’impasse ? Comment retrouver une motivation à prendre soin de soi ?

La psychothérapie de l’anorexie se concentre sur la gestion des problèmes interpersonnels sous-jacents à la conduite anorexique. Lors de la psychothérapie on apprend à mieux faire face à l’anxiété et aux sentiments dépressifs. La psychothérapie vise à améliorer l’estime de soi et l’image corporelle.

La psychothérapie familiale est une partie importante de la prise en charge d’anorexie. Son but est d’aider les membres de la famille à comprendre le fonctionnement  familial est de provoquer le changement.

La méthode du Maudsley – une thérapie familiale qui implique les deux parents afin de leur apprendre comment ­aider leur enfant, à éviter les conflits autour de la nourriture, à établir un ­climat détendu pendant les repas.

Printemps 2015 marque une offensive contre l’anorexie à l’ l’Assemblée Nationale

Nouvelle loi sur les podiums pour lutter contre l’anorexie

L’anorexie préoccupe les autorités. Le député PS et neurologue au CHU de Grenoble, Olivier Véran a présenté ce mercredi 18 mars l’Assemblée Nationale un projet de loi  visant à interdire aux agences de recourir, afin de lutter contre l’anorexie, à des mannequins diagnostiqués en état de dénutrition ou trop maigres. Le projet de loi proposait de modifier le code du travail afin de contraindre les agences à pouvoir attester pour chaque mannequin d’un certificat médical prouvant que son Indice de Masse Corporelle (IMC) reste dans la norme.  Selon Olivier Véran, “l’impact social de cette image que véhicule la mode, où des femmes doivent être maigres à un niveau pathologique pour être belles et défiler, est très fort”.

La commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a refusé, dans un premier temps, ce texte proposant d’interdire les mannequins trop maigres car de nombreux députés ont estimé que cet amendement aurait “établi une discrimination à l’embauche dans le code du travail”.

Mais, quelque jours plus tard, dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la santé, l’Assemblée nationale a adopté le 3 avril 2015 l’amendement interdisant le recours à des mannequins trop maigres et dénutris. Le texte voté vise à interdire l’exercice d’une activité de mannequin à toute personne dont l’indice de masse corporelle (IMC) est inférieur à 18. Cette limite a été définie sur proposition de la Haute Autorité de santé.

Le texte a été soutenu  par la ministre de la Santé qui a jugé  préoccupante l’apparition dans les média et sur les podiums de mannequins excessivement maigres.

Le texte de cette loi prévoit que toute personne qui emploie un mannequin et ne veille pas au respect de l’interdiction sera punie d’un emprisonnement de six mois et jusqu’à 75 000 euros d’amande.

En plus de cette loi « anti-mannequin trop maigre » interdisant aux agences de mannequinat de recourir à des jeunes femmes dont l’indice de masse corporelle est trop faible, les députés ont adopté un autre amendement introduisant l’obligation de signaler  les retouches sur photographies à usage commercial des mannequins. En rendant obligatoire la mention “photographie retouchée” en cas d’apparence corporelle modifiée  “afin d’affiner ou d’épaissir” la silhouette du mannequin vise également s’opposer à la valorisation de l’anorexie. Ce texte prévoit de punir d’une amende les publicités pouvant  inciter à la minceur excessive.

Ce  nouvel amendement à la loi de santé, reste à le faire valider par le sénat.

L’apologie de la minceur excessive punie par la loi

De même, un amendement de la présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée, Catherine Coutelle, proposant de considérer comme un délit l’incitation à l’anorexie, a été retirée dans un premier temps pour ensuite être adoptée. Le 2 avril l’Assemblée nationale a voté une loi visant à réprimer l’incitation à la maigreur excessive, notamment par les sites internet pro-anorexie (connus sous le nom de ‘pro-ana’). Les députés ont adopté un amendement stipulant que “provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé est puni d’un an d’emprisonnement et de 10.000 euros d’amende”.

Les sites « pro-ana » punis par la loi

Les sites visés, « ana » pour l’anorexie, tout comme des sites « mia » pour la boulimie, sont surtout des communautés en ligne de personnes concernées par des troubles alimentaires le plus graves, l’anorexie et la boulimie comportent notamment de témoignes et des photos.

La politique de santé doit contribuer à la prévention et au diagnostic précoce de l’anorexie

L’assemblée nationale a adopté un autre amendement stipulant que “la politique de santé contribue à la prévention et au diagnostic précoce de l’anorexie mentale et des troubles des conduites alimentaires, notamment en luttant contre la valorisation de la minceur excessive”.

Enfin les décrets d’application

Les décrets d’application se faisaient attendre depuis que le projet de loi sur la santé interdisant le recours à des mannequins trop maigres ait été adopté par l’Assemblée nationale le 3 avril 2015. Le texte voté en 2015 interdit l’exercice d’une activité de mannequin à toute personne dont  l’IMC (l’indice de masse corporelle) est inférieur à 18.  Cette limite est fixée par l’Organisation mondiale de la santé. Il a fallu attendre le 4 mai 2017, date à laquelle est enfin paru le décret d’application relatif au certificat médical permettant l’exercice de l’activité de mannequin. Le décret est entré en vigueur le lendemain de sa publication.  Pour exercer leur métier, les mannequins travaillant en France devront fournir un certificat médical qui prend en compte le critère de l’indice de masse corporelle.  L’exercice de l’activité de mannequins est ainsi conditionné par leur poids. Les agences de mannequins ainsi que les mannequins sont tenus de se conformer à l’exigence de contrôle médical tous les deux ans.
Le Journal Officiel  n°0106 du 5 mai 2017 apporte également le décret n° 2017-738 du 4 mai 2017, relatif aux photographies à usage commercial de mannequins dont l’apparence corporelle a été modifiée. Il introduit l’obligation d’accompagner de la mention « photographie retouchée » les photographies des mannequins en cas de traitement de l’image visant à modifier la silhouette. Ce décret entrera en vigueur le 1 octobre 2017.